Depuis mi-aout, Hoka m’avait parlé d’aller faire éventuellement une course au japon pour le lancement de Hoka là bas. Début septembre, c’était confirmé et le 15 Septembre je prenais mes billets. C’est aussi à partir de ce moment là où je me suis réveillé pour aller m’entrainer un peu, j’ai essayé de charger un peu la semaine mais je sais que je suis un peu en phase descendente depuis début aout, en fait depuis le début de notre maison mais bon c’est une question de priorité.
Avec 7-8 entrainements depuis l’utmb avorté, on ne peut pas dire que je suis serein pour la course mais je ferai ce que je peux.
Le magasin partenaire qui distribuera les chaussures nous met tout de suite dans l’ambiance, le seul bon résultat pour lui c’est la première place. On a 3 chances pour cela. Nico Mermoud, Nina Silitch et moi.
Après quelques infos de course :
-on nous annonce 71.5 kms et 2400m de D+,
-2L d’eau au départ
-pas de ravitaillement eau avant le 42ème km
-uniquement 1.5l d’eau au 42km
-point d’eau naturel au 58eme k
-on doit garder tous nos dechets (pas de poubelles au ravito)
-indications uniquement en japonais
-indications tous les kms
-2600 participants
-coupe vent, tenue plus chaude, frontale
Bon ok c’est pas pareil que chez nous, cela vient probablement du fait que la course était en fait à l’origine une prépara
tion pour les expéditions himalayennes, donc totale autonomie sur 24h.
Heureusement on prevoit moins de 24h ![]()
Changement de poche pour pouvoir emmener 2l, je mets 8gels dans un petit bidon souple pour limiter le transport des emballages. Un petit coupe vent, des manchettes, et une couverture de survie au cas où… Voilà prêt. Juste un petit coup de froid et un mal de gorge la veille en se baladant à tokyo sous la pluie mais rien de bien méchant. On a un petit peu
de boue sur le chemin avec la grosse pluie de la veille…
Dimanche matin grand beau, il fait très chaud et là je sais qu’au niveau de l’eau ça va être dur !!
13h, 2600 coureurs s’élancent pour cette 18 ème édition. Départ assez rapide, je décide de rester au contact de la tête mais après peut être 800m dans une descente je me retrouve seul en tête.. bizzare je ne pense pas avoir acceleré, les autres sont bien là 50-100m derrière, bon je continue et on tombe rapidement sur un chemin assez raide, je marche, une dizaine de coureurs me passent, puis nico revient au contact, puis me passe, ok je ne veux pas forcer tout de suite alors je laisse faire, j’alterne marche et course et je trouve ma place dans le groupe. Nico est un peu devant, il semble bien en forme. Le terrain est une succesion de petites montées assez raides, descentes, plat, toujours avec pas mal de racines, on est en forêt et il fait moins chaud. Après 10kms, je vois que l’on est loin des 10km/h, j’ai mis environ 1h10 pour 10kms mais on doit avoir plus de 800m+ déjà. Petit à petit, je reviens sur un groupe et je me rends compte que c’est le groupe de tête, environ 10coureurs, nico est à la tête de ce groupe. Au profit d’une côte assez raide, en marchant je passe l’ensemble du groupe, c’est étrange, le rythme semble s’aligner sur un leader, il s’avérera que ce leader était un ancien vainqueur de la course. Bref après une quinzaine de kms, je me retrouve second avec nico à 2min environ. Cette place me convient, j’essaye d’épargner l’eau. Le chemin est finalement très bien balisé, mais souvent assez technique avec peu de pierres mais beaucoup de racines, des descentes assez raides pas trop glissantes même si le terrain est mouillé. Le temps c’est bien gâté, les nuages ont caché le soleil, il fait bon maintenant. 1er check point à 22kms. déjà 2h28 de course et 1600m+, bon c’est sur il y aura + de 2400m+. Dans les montées où je marche les crampes arrivent déjà, il faut que je boive plus mais je sens qu’il ne me reste pas beaucoup d’eau. Toujours sur le même style de chemin, on arrive bientôt au sommet de la plus grande difficulté qui n’est qu’à 1500m mais déjà 2000m+ au compteur, le terrain est plus caillouteux, il commence à pleuvoir, un coureur arrive en trottinant derrière je reste devant et prends un peu d’air dans la descente. Il me passe dans la montée suivante, je m’arrète pour mettre le coupe vent car maintenant c’est une grosse pluie qui tombe et ça c’est vite rafraichit. Après 3h45 de course, je n’ai plus d’eau, mais les crampes sont toujours là, la nuit commence à tomber. Il faut sortir la frontale. Il y a parfois des averses assez fortes mais avec le coupe vent et les manches je n’ai pas froid même si je suis mouillé. Je repasse une nouvelle fois le coureur (qui s’avérait être le leader du début) et je ne le reverrai pas ensuite. La nuit est là maintenant, mais un autre phénomène perturbant arrive, le brouillard. Très pénalisant parfois c’est des bancs de brouillard et avec la frontale, c’est un voile blanc devant les yeux, le chemin est toujours aussi technique et demande beaucoup d’attention, il y a plus de cailloux et c’est mieux pour les Hoka, on gagne en adhérence. Ça ne m’empêchera pas de me tordre la cheville sur une portion de chemin à priori sans difficulté mais c’est toujours là que l’attention se relâche jamais dans le très technique… Rien de bien grave pour la course, cela rappelle juste de rester concentré en tout temps !! Le brouillard m’oblige parfois à enlever la frontale pour la prendre à la main afin d’éclairer le plus bas possible et de ne pas avoir cet écran blanc. C’est pénible, enlever, remettre, enlever mais ça me fait penser à autre chose que mes crampes.
Enfin le 42ème km, je vais pouvoir faire le plein d’eau, je suis déjà bien cuit, céline est là pour m’encourager. Nico est à 3-4 min devant et semble aussi avoir des difficultés musculaires. Céline me dit que le président de ICI (qui va distribuer les Hoka) nous offrira le déplacement à Kyoto en cas de victoire. Je fais déjà ce que je peux avec l’entrainement que j’ai mais ça me motivera parfois, Kyoto est semble t-il une ville sympa à visiter avec beaucoup de temples et un style plus japonais que Tokyo… J’aimerais bien offrir ça à Céline. Le presque plein fait je repars. J’avais pris une bouteille de 2L sur la table mais je n’ai pas eu le droit de la vider complètement j’ai donc 1.5l pour 30kms, mais dans les 2kms suivant j’ai déjà du boire 50cl pour récupérer un peu de mon manque.
Je ne vois pas de lumière derrière, ni devant d’ailleurs. Ca fait un moment que je marche et je ne vois plus de balisage, au bout d’un interminable moment, une lampe m’indique que je suis sur le bon chemin, toujours montées descentes, racines,nuit, cailloux. Il reste deux bosses principales avant l’arrivée. J’ai mis 4h56 pour faire 42kms, c’est sur que je vais être très loin du record de la course en 7h31… mais si je la finis à cette place ça ne sera pas un bon résultat pour le « boss » d’ICI mais je m’en contenterai pour ma part. surtout si Nico garde aussi la sienne, difficile de rêver mieux pour le lancement de Hoka au japon….
Toujours des crampes que je prends surtout lorsque je marche alors j’essaye de trottiner plus souvent dès que je sens qu’elles arrivent. Pas de crampes aux mollets mais uniquement sur l’intérieur des cuisses. Toujours des bancs de brouillard mais la pluie a cessé. On trouve sur cette fin de course des parties plus roulantes mais au 58kms j’ai mis 2h pour faire seulement 16kms… après 7h de course il reste encore 13.5kms !! Un peu plus loin je passe près du point d’eau naturel mais il ne coule que quelques gouttes, je bois une gorgée et repars, en bas d’une descente je vois la frontale de Nico, je reviens rapidement dessus, lorsque je passe nico il est en train de faire le plein d’eau sur un autre point d’eau c’est certainement celui ci qui est indiqué car il semble couler plus fort. Je décide de continuer car je n’ai pas le temps d’attendre et je ne sais pas où sont les autres coureurs. Juste après avoir passé Nico, je suis un peu survolté, le chemin est roulant et sur cette portion je vole, comme quoi le mental y fait beaucoup. Le Panneau du 60ème Km me fera atterrir d’urgence, je pensais être au moins à 65kms !!! Il faut gérer la fin de course ! Peu de temps après je termine mon eau au niveau des gels ça va passer juste, ça fera 19 gels au total (en comptant un XL comme 2). La fin est interminable, c’est plus roulant, j’essaye de prendre de la vitesse heureusement les crampes ne me font pas souffrir dans ces parties roulantes donc ça passe plutôt bien. Par contre le balisage est plus que limite en cette fin de course et plusieurs fois je me demandais même si j’étais sur le bon chemin. Lorsque j’avais un doute, je me fixais 5 min : si dans 5 min je n’ai pas vu de balise, je fais demi -tour. Heureusement je n’ai pas eu à le faire. Je me suis juste perdu dans un village, je gueulais comme un putois pour trouver quelqu’un pour m’indiquer le chemin !! Finalement pas trop de temps perdu mais c’est le gros stress en fin de course. Avec bonheur le panneau 5km arrive puis 2kms, j’essaye de garder de la vitesse mais je crois bien être un peu au ralentit. Sur la fin, un Cameraman en VTT me pose des questions mais je n’ai pas l’energie pour répondre. Finalement au bout de 8h03, 71.5 et 4200m+ c’est la délivrance. Beaucoup de Monde sur l’arrivée. Ma femme en premier à qui je peux offrir ce déplacement à Kyoto, déplacement qui en fait se transforme en prime, de nombreux journalistes, photographes également. Un dernier petit effort et je présente la chaussure, c’était le but de ce voyage donc on a rempli le contrat de ce coté là ! La suite c’est interview, réponses aux questions, on me demande quelques gestes que je n’ai pas l’habitude de faire mais je me plie au jeu quand même : le point de la victoire, embrasser la coupe le lendemain
A ma grande surprise Nicolas n’arrivera pas tout de suite, perdant presque 45 min sur la fin de parcours qui a été compliquée pour lui. Petit ravitaillement à l’arrivée, un bain de pied chaud assez agréable en attendant l’arrivée de Nina Silitch qui court pour Hoka. Elle terminera 5ème femme.
Au final, 1ere place au scratch, 2ème place vétéran, 5 ème place féminine, et 3 ème par équipe (derrière 2 équipes masculines) c’est un bon résultat pour le déplacement de Hoka en terre Niponne.
Pour ma part c’est une bonne fin de saison, une course très difficile où il fallait gérer l’eau, la nourriture avant la course et le décalage horaire mais c’est une bonne expérience qui se termine bien.
Les prochains we, rien de prévu à part le chantier, normalement le ski reprendra début novembre, peut être encore un trail avant la fin de l’année à voir, rien n’est décidé.