Préparation : y’a du job
Cela faisait des années que j’entendais parler du Marathon des sables en bien ou en mal d’ailleurs, mais je n’avais jamais franchi le pas. 40 ans de ce mythe, il n’a pas fallu longtemps pour accepter l’invitation pour Céline et moi. Céline, depuis ses problèmes physiques, était vraiment dans l’incertitude mais bien décidée à tenter le coup. C’est d’ailleurs elle qui fera la majorité de la préparation en tous cas pour tout ce qui concerne les lyophilisés et qui fera l’étude de tout le règlement entre autre, moi alors plus focalisé sur la saison hivernale avec le ski de rando et notamment la Pierra Menta qui fête aussi ses 40 ans. Peu de temps avant le départ, j’ai commencé un petit peu à m’inquiéter du matériel, enfin de ce qu’il fallait pour le marathon. On a travaillé avec Compressport un petit peu en urgence pour la création ou plutôt l’adaptation du sac Evoli, afin de prendre en compte le volume nécessaire pour le marathon des sables. Tout n’était pas parfait, mais c’était une bonne base et quelques petites adaptations Maison de dernière minute ont bien fait le job.
Quelques soirées à Repackager sous vide les repas, vérifier la nutrition de courses avec Naak , notamment qui m’a fourni des boissons énergétiques ultra enrichies en électrolyte. Pour l’énergie de course, je me suis principalement appuyé sur la Base ultra et quelques gel Boost en complément. La boisson étant le plus optimisée en terme poids /calories.
Voyage et initiation bivouac.
Nous partirons en avion de Genève pour Marrakech en prenant bien soin d’avoir avec nous en bagage à main tout notre nécessaire de courses. Arrivés à Marrakech, nous pouvons déjà nous rendre compte de l’organisation du MDS. Des bus nous attendent avec un petit sac de snack pour la route car c’est quatre heures de bus jusqu’à Ouarzazate. Nous rencontrons déjà nos premiers compagnons de MDS et dans le bus, nous voyons qu’il y a déjà pas mal de gens expérimentés. On sent tout de suite que le MDS est un peu une famille et il semble que les gens qui y ont goûté reviennent surtout pour revoir des anciens du MDS. Après deux jours dans la résidence Karam Resort et un dernier run avec tout le matériel de course, nous partons le vendredi pour notre première nuit en bivouac dans le désert. Le trajet en car est un peu long, mais nous avons droit à une arrivée grandiose, tapis rouge, chameliers, arche et des dizaines de bénévoles nous accueillent pour nous indiquer notre tente. Nous récupérons notre premier bidon de 5 l d’eau pour la journée suivante, ce sera un rituel traditionnel, premier contact avec la tente berbère, Julien Absalon et sa compagne Marie que nous connaissions un petit peu d’avant sont avec nous. Dans la tente, Julien fait partie, avec moi, de l’équipe avec Ryan Sandes pour la team 40’s Old Legends. Nous accueillons les quatre autres colocataires de la tente. Sylvie et Werner, mère et fils, Thomas et enfin Arnaud.
Sylvie est la seule de la tente à avoir fini un marathon des sables, c’est marrant parce que sur ces quatre nouveaux colocataires, certains ne nous connaissent pas, Julien et moi, et lorsqu’ils apprennent que l’on est en élite, c’est une situation plutôt cocasse. Ils se demandent pourquoi, ils se retrouvent dans une tente élite, mais c’est ça le marathon des sables, c’est de mixer tout le monde. Le camp est organisé de façon circulaire avec des zones regroupées par langue. Même si les français sont majoritaires, il y a 68 pays différents sur cette 40e édition. Avec Julien, nous partons pour un petit footing sur les traces de l’étape de dimanche, trace, que nous allons perdre assez vite, mais nous courrons jusqu’à la première Dune pour la découverte des sensations de course dans le sable marocain.
Le soir, premier repas sur le camp et pour nous, on attaquera directement avec les lyophilisés. Certains ont des repas plus traditionnels et certains ont aussi un confort, trois étoiles pour ces deux premiers jours avec notamment des gros matelas gonflables qu’ils abandonneront a la tente info des le matin du début de course. Je fais référence aux tentes qu’on a en face de nous et qui sont de l’association le sable dans les yeux qui vont faire le marathon des sables avec une Joellette pour emmener Léon.
Il y a aussi une équipe élite qui va jouer le classement équipe avec Maryline, Pierre et Meryl.
Le lendemain la journée est consacrée à la vérification du matériel et les photos officielles individuelles mais aussi de groupe pour cette 40 édition. Le verdict est tombé le sac sera de 7,5 kg en haut pour cette première étape et presque 10 kg pour Céline. Céline part avec le sac de la course qui déjà à la base est plus lourd mais aussi quelques conforts dont je me suis passé téléphone, livre de lecture, pharmacie, lingettes, matelas… Le soir, nous avons droit à un briefing qui est plus un discours galvanisateur de la part de ian Cordes et Cyril Gauthier, le directeur de course. Ces deux nuits en bivouac nous ont permis de prendre un peu nos marques avec la préparation des repas de l’hygiène, limitée sur le camp, le fonctionnement des toilettes et aussi l’occasion de s’inspirer de ceux qui ont l’expérience notamment pour la préparation du feu.
Étape une : mise en jambe violente.
L’étape une est une petite mise en jambe de 35 km qui se fera en boucle avec retour au camp, mais nous ne pouvons rien laisser au camp. Donc c’est bien avec un sac complet que nous partons sur cette première étape. Pas besoin de réveil, le quand s’anime naturellement autour de cinq heures pour un départ à 7h30. Le briefing de course qui est du même genre que celui de la veille est donné à 6h30. On retiendra surtout ce que l’on peut désigner comme un slogan vous allez entrer dans la légende.
Le départ est donné à 7h pétantes et les marocains prennent les devants rapidement. N’ayant pas d’idée de l’allure que je peux tenir avec un sac, je suis plutôt parti prudemment peut-être un peu trop, mais après 3-4 km, je suis remonté dans le top 10. Je ne vois déjà quasiment plus les marocains, mais je maintiens cette allure plutôt conservatrice encore un peu. Tout au long du parcours, nous, croisons les Camel Squad, qui est un élément de sécurité, du marathon des sables, au même titre que les Checkpoint avec les bénévoles en gilets bleus, mais aussi les équipes de médecins en buggy que l’on va croiser tout au long du parcours, c’est au total plus de 120 Personnes pour la partie médicale et au total 600 personnes qui gravitent autour de ce MDS. Après le premier CP, nous arrivons sur les premières dunes. La première partie avait été très roulante dans les dunes ça l’est un peu moins, mais je préfère ces variations de rythme. Une fois ces dunes passées, le terrain s’aplati à nouveau et devient plus roulant. Ayant passé la mi-course, je décide de forcer un petit peu l’allure et reviens sur Arthur pour me glisser dans le top cinq. Je continue toujours à bonne allure. Avalant les kilomètres autour de 4´05/4´07 mais toujours personne en vue, courir à cette allure avec le sac est un peu pénible. D’autant plus, qu’après le dernier CP, nous avons l’arrivée en ligne de mire mais elle n’arrive jamais. A 1 km de l’arrivée, j’aperçois enfin des coureurs devant, mais trop loin pour rentrer dessus. Content de passer la ligne car courir tout le long de ces 35 km m’ont un peu usé et je n’ai pas trop respecter ma ligne qui était d’être plutôt conservateur sur les premières étapes. Je finis assez entamé au niveau musculaire, probablement l’effet du sac à dos. Je sens une petite irritation en bas du dos mais rien de bien méchant. Je prends déjà plus de huit minutes sur la tête de course et termine donc cette étape à la cinquième place. À l’arrivée, je soigne la Recup ! avec la boisson de récupération enrichi en protéine, mais aussi assez rapidement la viande séchée de Mr Biltong qui mêle les protéines mais aussi le plaisir. Petit rinçage rapide quand le camp est encore vide avant d’aller chercher Céline sur ses derniers mètres de course. Céline a trouvé extrêmement dure cette première étape car elle a marché en majorité ce qui est une première pour elle sur une course même si c’était le plan initial. Se dire je vais le faire en marchant et ça va être long est une chose le faire et s’en rendre compte en est une autre. Cela a donc été compliqué mentalement de faire le deuil de la course à pied, il faut une petite séance de psy pour la soirée.
Tout le monde à la tente est bien rentré et nous attaquons notre premier repas post course ensemble. Julien et Ryan terminent dans le top 10 ce qui nous place deuxième équipe, loin derrière les marocains, même si leur équipe subit un abandon, mais ils gardent trois coureurs en course ce qui suffit pour avoir une équipe compétitive. Je discute un petit peu avec Mickael gras qui termine troisième, mais n’a pas réussi à être devant les marocains. Mickael gras c’est un champion de France de cross avec un record personnel à 2’08 au marathon, c’est dire si ça court un petit peu. Le poids du sac est un élément important et Mickael me confie qu’il a subi musculairement. Demain, on remet ça en ajoutant 5 kms en changeant de bivouac.
Étape deux : marathon d’adaptation
Aujourd’hui départ à 6h, donc le camp a commencé à se réveiller à 4h ! Un muesli rapide, on commence à prendre les automatismes de l’empacketage du sac. J’abandonnerai un élément de confort au camp ce matin avec les claquettes qui resteront ici . J’ai gagné 150g .
Petit briefing, disons traditionnel et comme la veille, nous allons partir en musique, et la toute dernière musique du départ du marathon des sables est celle du groupe AC/DC, Highway, to Hell. Cette chanson aura maintenant pour nous une saveur particulière.
Sur ce départ, je m’attendais à avoir comme la veille le départ des marocains. Mais non cette fois ce sont les Français, Arthur et Mickael qui partent en tête . Les marocains gérant la course juste derrière. Ça fait du bien au moins au moral de ne pas être largué dès les premiers mètres. Rachid, Mohamed et Ahmed me doublent au niveau du CP2, mais je n’essaye pas de tenir le rythme. Je vais donc être principalement seul sur cette fin d’étape avec Cyril Cointre qui est là pour faire des images et avec qui on partagera 1 ou 2 km.
Après le dernier CP, une petite dune avec une descente ludique et on retrouve un plat avec un sol craquelé qui permet de prendre un peu de vitesse, avant d’être à nouveau freiné par des petites dunes avant l’arrivée au camp !
C’est je pense ma plus mauvaise étape, même si au classement je suis toujours 5 derrière les mêmes personnes !
Le même rituel d’arrivée s’installe, un Thé, la boisson de récup naak sur la ligne d’arrivée où nous avons le droit de nous hydrater sans limite et retour sur le camp. Lorsque l’on arrive sur un nouveau camp, c’est pas de tout repos, vérification du sol… je passe 30’ à casser la croûte de sable durcie pour essayer d’améliorer le confort et surtout on va chercher le bois car en arrivant dans les premiers, on peut trouver un peu de bois à proximité voir dans le camp même, alors il faut profiter de cet avantage . Au niveau équipe, pas trop de changement, Ryan et Julien se maintiennent à peu près aux mêmes places !
Pour ce qui est de la tente, Thomas arrive toujours un peu devant Arnaud, puis Marie et Céline sont proches, et enfin Sylvie et Werner terminent ensemble un peu plus tard. Certains ont les pieds un peu entamés et une visite au centre médical s’impose, pour moi. Ce sont surtout les frottements en bas du dos qui posent problème. La première pose de strap par les secouristes n’est pas un succès car même au repos le strap bouge…. Je retourne le soir pour une deuxième tentative avec du tape.
Céline vit un peu mieux cette étape en ayant fait le deuil de courir !
Étape 3 : 29kms étape de repos, ou pas !
On revient sur un départ à 7h… 29kms c’est rien, on va se la couler douce pour s’économiser pour la longue. C’était peut être le plan mais c’est fait pour être changé.
Départ canon de Rachid, on emboîte le pas avec Mickael. Rapidement Rachid ralenti et on se retrouve seul avec Mickael. On va rester longtemps seuls en tête de course ce qui est étonnant. Au 17e km, Mohamed et Rachid reviennent et lancent les hostilités. Je lâche donc le trio et suis donc intercalé entre ce trio de tête et Ahmed sur mes talons. Au dernier CP, nous avons un stop course de cinq minutes pour vérifier le matériel. Que l’on check le matériel en une minute ou quatre minutes c’est pareil tout le monde est arrêté cinq minutes, en tous cas en ce qui concerne les élites cette petite pause permet de récupérer un peu et de profiter des bénévoles sur le CP. Mohamed et Mickael étaient encore là quand j’arrive à ce CP et Ahmed arrive peu après moi. Après ce CP, nous avons une longue montée pour traverser un Jebel, mais qui est rocailleux où l’on peut retrouver de la motricité, ça se rapproche du Trail ! Une courte montée une descente assez technique avant de retrouver un chemin plus valloné pour arriver jusqu’au camp. Chemin qui se termine avec un bon passage dans les dunes. Je passe la ligne d’arrivée en quatrième position, quelques secondes derrière Mickael et Ahmed me suivent de quelques secondes également. L’écart est beaucoup plus réduit sur cette étape et j’en suis le premier surpris, étant donné leur qualité de Coureur sur des étapes toniques.
Sur le camp, la routine est bien installée et nous prenons notre repas habituel tous ensemble dans la tente et avons un peu de temps pour échanger avec les tentes voisines. Nous avons proche de nous la tente où se trouvent Mickael et Agathe, mais aussi Candice de Koh-Lanta et nous apprenons à connaître nos voisins autrement que via les réseaux.
La tension sur le camp est plus palpable, car le lendemain c’est l’étape tant redoutée de 100 km, première sur le marathon des sables. Au niveau classement, aucun changement que ce soit en individuel ou en équipe, seuls les écarts se creusent un peu plus. De mon côté, le frottement au dos est toujours bien présent et je vais retourner à la tente médicale pour un nouveau taping mais cette fois-ci en vertical sur le bas du dos. Le sac s’allégeant de jour en jour, j’ai pu supprimer les petites poches additionnelles ventrales et avoir quasi un vrai sac de de trail. Prêt pour l’étape de 100 km du lendemain. Ce petit passage technique dans le Jebel a laissé quelques traces à certains coureurs, il y a eu notamment des chevilles des épaules, voilà quelques petits traumatismes qui mettront fin au périple pour certains. Le taux d’abandon est très limité jusque-là. Sur ce nouveau camp, nous avons eu le droit le soir à une séance yoga afin d’ étirer un petit peu les muscles endoloris. En ce qui me concerne, le rituel, outre la récupération avec les poudres énergétiques et la viande séchée c’est aussi de mettre le plus tôt possible les foules Leg de récupération de Compressport, que je garde toute la nuit. Les nuits sont parfois fraîches, mais le sac de couchage est suffisant pour passer une bonne nuit. Sur ces deux premiers camps, l’absence de matelas est tout à fait supportable après avoir travaillé un petit peu le sol pour l’adoucir. Jusque-là l’alimentation est parfaite et pas de problème digestif ni gastrique. Il y a juste les petites gourmandises habituelles d’après courses qui manquent un peu. J’ai uniquement quatre bonbons que je partage avec Céline tous les deux jours, ce qui change un petit peu des habitudes, :-).
Le lendemain, sur cette longue étape, les 100 premiers au classement partiront à 7h du matin,tandis que le reste du peloton partira à 5h du matin. Si tout va bien, nous doublerons donc quasiment l’intégralité peloton.
Étape 4 le 100 km tant redouté.
Beaucoup de Coureurs sur le MDS m’ont mis la pression la veille de course en me disant c’est ton étape c’est ta distance c’est ton jour. Bref, 100 km, ça ne me fait pas forcément peur, mais courir en permanence sur 100 km et surtout ne pas savoir quel type de terrain nous allons affronter est quand même un bon stress. Pas de stratégie réellement établie, juste courir à son rythme et profiter de la fraîcheur matinale pour éventuellement ralentir lorsque la chaleur s’installera. À 3h du matin, le camp se réveille et évidemment même si nous partons qu’à sept heures, nous ne redormirons pas d’ici notre départ.
Le départ en plus petit comité à cent Coureurs est un peu plus intimiste qu’à l’habitude. Et c’est parti pour une Highway to Hell ! Comme prévu, je pars sur mon rythme que je pense pouvoir tenir au moins la mi-course jusqu’à ce que la chaleur se lève. Mais à ma grande surprise c’est moi qui mène le groupe. À l’attaque de la première dune très raide où nous avons rattrapé déjà pas mal de concurrents, Mickael est avec moi, Mohamed également, nous prenons parfois des trajectoires légèrement différentes que chacun pense meilleures et nous progressons comme ça parmi les concurrents partis deux heures avant nous. Je prends quelques secondes pour saluer Charles, coureur qui court avec une image de moi en président, accrochée au bout d’un piquet pendant toutes les étapes du marathon des sables. Pas de chance, ma vidéo ne va pas marcher pour immortaliser ce moment-là. Peu de temps après, sur un chemin qui serpente sur le bas d’un jebel je vais doubler Céline, le temps d’un petit bisou et c’est reparti avec Mickael. Mohamed est très proche de nous, mais Rachid n’est pas en vue. Les kilomètres défilent et le scénario reste identique. Parfois, Mickael est devant parfois je donne le rythme. Mickael avait émis l’idée de courir le 100 km en huit heures ce que je trouvais très optimiste et je m’étais plutôt fixé à la base de 10 km heure soit 10 heures. En ce début de course, nous sommes plutôt entre les deux avec pas mal de kilomètres lorsque le terrain est propice autour de 4’45 au Kil. Mohamed est rentré dans le groupe et progressivement, Mickael va décrocher pour remonter un petit peu. Pour maintenir le moral des coureurs, L’organisation a prévu quelques bonus : au 30e km. Nous avons le droit à un morceau de citron qui est très agréable et plus tard, c’est un bandana avec une poche à glace qui est offert, mais que je ne prendrai pas, ayant déjà un tour de cou rafraîchissant Compressport. Encore un petit peu plus tard, c’est une petite limonade qui est proposée et ce sera le dernier bonus que je prendrai car plus tard les fruits secs et les petits gâteaux secs, je les refuserai. Après le kilomètre 50, nous sommes tous les deux avec Mohamed, soit côte à côte, soit Mohamed derrière ne prenant que très rarement le lead. La course est quand même parfois monotone avec des très longues lignes droites où il faut se projeter un petit peu mentalement. Le rythme ne faiblit pas trop et à chaque CP de passé je me dis allez, on essaye encore de tenir jusqu’au prochain CP à cette vitesse là. La chaleur n’est pas écrasante. Nous avons droit à un bon vent parfois de face qui nous fait quand même pas mal ralentir le rythme. La glace au CP est aussi un bon moyen de baisser un petit peu la température, je peux stocker un petit peu de glace dans l’ice Bob et dans le tour de cou Compressport, Cyril Cointre qui fait des images pour le MDS court de temps en temps à côté de nous et nous indique que Rachid est en train de remonter ce dont je ne doutais pas trop. Mais l’important comme dit le coach c’est de faire ta course. Je continue donc principalement à donner le rythme en puisant mentalement pour essayer de le conserver le plus longtemps possible. Je me demande à quel moment cela va lâcher. Au 80e km Mohamed, qui se retourne très fréquemment pour voir si son frère arrive place une grosse accélération qui me surprend, mais je commence à être un petit peu habitué à cette stratégie marocaine. Je continue donc sur ma lancée et l’écart se creuse assez rapidement. Après un ou 2 km, je vois Mohamed se retourner fréquemment et j’estime que l’écart est stabilisé. Nous allons traverser pas mal d’erg comme ça, le voyant se retourner quelques centaines de mètres devant moi.
À l’avant-dernier CP, Mohamed est toujours là quand j’arrive, il se rafraîchit. Nous repartons ensemble de ce Checkpoint, et comme avant le 80eme km Mohamed se contente de rester à mes côtés. Dernier CP, une bonne surprise ou pas, on nous annonce, plus que 5,4 km avant d’arriver, alors qu’il doit en rester huit ! Je suis méfiant, et je continue mon alimentation comme depuis le début de course avec une poudre énergétique à chaque CP et un gel toutes les deux heures environ. Après quelques kilomètres nous apercevons au loin le camp et je peux estimer qu’il y a effectivement bien les 8 km entre le dernier CP et l’arrivée, fausse joie. Du coup, il faut continuer à serrer les dents. Les muscles ne sont pas si traumatisés que ça, mais c’est de garder la course en permanence avec une allure qui reste autour de 4’45. D’autant plus que nous avons un vent bien favorable de dos. Il y a très peu d’échanges avec Mohamed. Parfois il m’indique une direction un peu plus optimisée mais très peu d’échanges verbales. À l’approche de la ligne d’arrivée, Mohamed remet une bonne accélération. Je prends quelques secondes pour savoir si je tente le coup ou pas et je me decide un peu tard d’essayer d’accrocher, réaction trop lente. Cela m’a été fatal mais je me fais pas trop d’illusion qu’avec 20 ans d’écart et 100 km dans les jambes, le sprint ne mettait pas trop favorable ! J’arrive sur la ligne d’arrivée avec soulagement, et je m’effondre rapidement pour reprendre ma respiration. Mohamed n’était pas beaucoup plus en aisance car il est aussi assis à l’ombre d’une table. Les émotions sont bien présentes à la fin de cette étape où j’ai suivi les recommandations du Coach et réalisé ma course. Exténué mais satisfait, je resterai presque une heure sur cette ligne d’arrivée pour me remettre de cette étape. Rachid arrive une quinzaine de minutes derrière moi et Ahmed autour de 40 minutes. Je me décide péniblement à rentrer sur le camp en passant récupérer les 5 l d’eau et l’on découvre ce dernier camp. C’est beaucoup plus rocailleux que les deux camps précédents c’est dommage car avec la nuit de repos, nous allons passer trois nuits ici. J’ai qu’une envie c’est de m’affaler sur le tapis et quitter mes chaussures. Mais il y a du job, je soulève le tapis pour enlever le maximum de cailloux et je fais un petit tour de camp pour récupérer des cailloux, du bois et de quoi faire le feu. Le vent est ultra fort et il y a du sable de partout. Nous fermons un côté de la tente avec l’aide des berbères pour essayer de limiter l’entrée de sable. Mais même la bâche qui sert de tente n’est pas étanche au sable, autant dire qu’il faut faire avec ce nouvel ami qui s’incruste de partout. Julien arrive peu de temps après et nous poursuivons le tour de camp pour améliorer notre petit confort. Nous envisageons même d’aller chercher du sable pour adoucir nos couches mais petite faiblesse de mental. Cette idée sera sans suite. Nous préparons le repas du soir, tant bien que mal avec ce vent qui ne nous facilite pas la tâche. Peu de temps après Thomas et Arnaud arrivent avant la tombée de la nuit. Ils ont réalisé une très belle étape autour de la centième position. Personne d’autre de l’attente n’arrivera ce jour-là.
Étape de repos : enfin, presque !
Céline et Marie arrivent à 0h30, une nuit entrecoupée du coup, le temps qu’elles nous racontent leur aventure sur ce 100 km. La musique d’arrivée est toujours très forte et même avec les bouchons d’oreille, la musique nous transperce. Ce sera fatal à Thomas qui depuis le début de l’aventure a du mal à trouver le sommeil mais là c’en est trop, le jour de repos et cette nuit de repos lui font lâcher l’affaire. Il nous annonce à 0h30 que demain il prendra la navette pour rentrer à la maison. Sur le coup, on pense à une blague et tout ce petit monde s’endort. Le matin Sylvie et Werner arrivent et ce n’est pas une blague mais Thomas nous a quittés. Il était content de son aventure, d’avoir réalisé ses 100 km, mais il se disait qu’il risquait de mal, vivre le reste de l’aventure avec si peu de sommeil. Toute la journée ce sera pareil, pas mal de vent, tempête de sable, on essaye de récupérer tant bien que mal toujours avec cette musique dans la tête. Une petite ampoule à soigner de mon côté et beaucoup d’ampoules pour la plupart de mes collègues de chambre, sauf Julien qui est épargné complètement. Cette journée est donc moyennement reposante, mais ça fait quand même du bien aux jambes de porter les full leg Compressport pendant deux nuits et un jour complet. Le sol étant bien caillouteux et beaucoup moins confort que les deux précédents, j’ai récupéré le matelas de Thomas. Un petit confort en fin de MDS. Repos, nourriture, discussions… finalement cette journée, même si mouvementée est passée rapidement. Et il est temps de se préparer pour l’étape du lendemain. Le sac sèche de jour en jour, il reste plus que un taboulé, un lyophilisé pour le soir et le petit dej du lendemain matin. Donc un sac quasiment Trail. La nutrition de course a bien diminué aussi et je garde toujours la même stratégie qui marche plutôt pas mal. Je pars avec une flaque de Drink mix ultra et dans mes deux autres flasques, j’ai déjà la poudre pour les deux premiers Checkpoint. Pas de temps perdus au ravitaillement comme ça.
Étape cinq marathon : il faut tenir.
L’étape longue m’a permis de remonter à la troisième place au scratch, à 15 minutes derrière Rachid et 37 minutes devant Ahmed. Mohamed, étant loin devant.
L’étape cinq a pour objectif, en ce qui me concerne de ne pas perdre trop de temps sur Ahmed. C’est confort, mais tout peut arriver. Tempête de sable, raté un Checkpoint, perdre un matériel obligatoire, etc. tellement de façon de perdre une heure sur ce marathon des sables. Je suis réaliste après les étapes courtes avant le 100 km, je ne compte pas revenir sur Mohamed ni Rachid. Conserver ce podium me suffit amplement.
Cette fois, c’est Pierre qui part en tête, une fois n’est pas coutume et je m’efforce de tenir le rythme avec Mickael également. Les marocains sont un petit peu derrière et lorsqu’ils rentrent sur la tête. Il y a une belle accélération de Mohamed. Rachid est un petit peu derrière et Mickael aussi. J’ai toujours vu sur ce trio et on attaque la plus belle partie de cette étape, un Jebel avec une vraie montée d’environ 250 m positifs. Sur cette montée, en partie en caillou en partie en sable, je peux rentrer sur Rachid qui semble un peu à la peine. Ahmed n’est pas en vue. Le paysage est vraiment superbe là-haut, et la descente un gros kif. Une grosse Dune de sable où l’on peut enquiller une belle descente en faisant attention tout de même aux parties de sable qui sont plus compactes car ça descend vite. En bas de la descente, je suis revenu sur Mickael et Rachid a pris un petit peu d’écart. Mickael me dit que Rachid n’est pas au mieux et que je peux peut-être faire un peu d’écart. Je tente ma chance du coup. Au Checkpoint suivant, Rachid est tout de même rentré. Nous allons faire le reste de la course soit environ 15 km ensemble sans se lâcher et ce n’est qu’à la fin de l’étape dans les dunes où je navigue un peu moins bien que Rachid qui me prend une petite minute. Mais cette navigation m’a permis de voir un fennec donc je suis complètement satisfait. L’objectif sur Ahmed est rempli et je ne comptais pas prendre de temps sur Rachid donc rien à dire. On retrouvera toute notre tente comme d’habitude, avec une certaine habitude, mais tout le monde sait qu’à ce stade on va être finisseur du marathon des sables Legendary. C’est l’objectif principal pour tout le monde.
Étape six : le sprint au final.
Au départ de l’étape, quasiment plus rien hormis le matériel obligatoire et notamment le sac de couchage sont dans le sac de course. Il me reste trois flasques de poudre pour cette étape et un gel. Le plan de nutrition a été parfait. Je n’ai jamais eu de manque ou de sensation de faim. La ligne de conduite sur cette étape courte où à priori tout est fait est simple, le classement est joué et en début d’étape, je me dis il y a plus qu’à profiter. C’est Mathieu compte Instagram, ma tribu, un influenceur qui lance les hostilités pour le fun, il va faire 100 m en Tête smiley. Au final j’ai pas hésité longtemps et je me suis dit autant donner le maximum jusqu’au bout. J’ai donc rapidement pris les commandes et donné le maximum sur cet étape courte qui ne m’est pas forcément favorable. Je connais assez bien la stratégie des marocains, mais cette fois c’est à mon tour de mettre des attaques dès que le terrain présente pas mal de motricité. L’étape est courte mais sera très intense avec un début dans les dunes et les 4 derniers kilomètres également dans les dunes. J’avais prévu deux flasques pour remplir au ravitaillement, mais sur cette dernière étape, c’est l’impasse sur tous les ravitaillements. J’ai donc 500 ml de poudre et un gel que je vais consommer à mi-course. La bataille est rude. Mohammed n’essaye jamais de me fausser compagnie, mais répond parfaitement à toutes mes attaques. Le vent se lève et les nuages arrivent, mais nous sommes assez épargnés en ce qui nous concerne jusqu’à la fin de l’étape. Fin de l’étape qui se terminera au sprint, je m’y attendais mais une fois de plus je n’ai pas pu faire la différence sur Mohamed. Une attaque finale à 100 m de la ligne m’aura été fatale. Pas une étape de gagnée sur ce MDS ! Mais je suis satisfait de cette journée et du marathon des sables dans sa globalité. Je suis surpris de reprendre sur ces 23 km, énormément de temps sur Rachid, qui, au final n’aura plus que deux minutes d’avance au général ! Ça pourrait être un petit regret, car ces deux minutes auraient pu être récupérées sur d’autres étapes, mais ce résultat me satisfait tout de même. Le vent se lève. Le ciel devient menaçant et c’est avec une tempête de sable et une petite pluie que la plupart des concurrents ont terminé cette étape. Après un moment de récupération, je fais demi-tour pour aller récupérer Céline et Marie sur leur fin d’étape. Des conditions difficiles, mais je leur ai amené 2M&M’s qu’un concurrent m’a donné sur la ligne d’arrivée, afin de leur remonter un peu le moral. Oui, ça pourrait être du ravitaillement hors zone et interdit :-).
Elles terminent une nouvelle fois cette étape, toutes les deux et Céline est remplie d’émotions sur cette ligne d’arrivée. Elle l’a fait. Elle a bouclé ses 270 km principalement en marchant. Elle a beaucoup douté surtout en début de course, mais c’est un très bon résultat, autour de la 500e place, surtout que quelques mois auparavant elle avait vraiment du mal ne serait-ce qu’à marcher. Sa dernière course datait de la Polynésie, et c’était un 13 km.
Sur la ligne d’arrivée, l’émotion est palpable pour quasiment tous les coureurs. La satisfaction d’un défi accompli.
Retour sur Ouarzazate et fin.
Petit plaisir juste à côté de la ligne d’arrivée à un hôtel avec un bon coca frais tant rêvé sur certaines étapes. On récupère un autre repas pour le bus qui va nous emmener à Ouarzazate. Un trip de six heures qui va plutôt durer huit entrecoupées de deux stop, une pause pipi dans une station-service et une autre un peu plus longue ou l’organisation nous a réservé une petite surprise avec des rafraîchissement et quelques biscuits et nourriture. On arrive du coup assez tard en fin de journée et nous allons retrouver le confort d’un nid douillet. Mais aussi un vrai repas mais avant tout ça une bonne douche chaude. Il faudra pas moins de trois shampooings pour enfin être propres :-). Le repas du soir sous forme de buffet est un festin que nous partagerons avec les mêmes personnes de la tente 124 ! Le lendemain, la journée est libre. Nous avons pu réserver un petit slot de massage à l’hôtel qui fera le plus grand bien. Le soir, il y a le gala avec la cérémonie de clôture et la remise des prix. On revoit pas mal de personnes que l’on peine à reconnaître en tenue « civile » !
La cérémonie de remise des prix sera assez succincte pour notre plus grand bien. Émotion particulière pour certains prix spéciaux dont la géolette du petit Léon et toute son équipe, mais aussi pour une famille complète venue à six ou encore Jeremy un amputé de la jambe.
Nous n’allons pas trop traîner à cette soirée car le lendemain six heures c’est le départ des bus pour Marrakech afin de prendre notre vol de retour. Ces quelques jours du marathon des sables nous ont bien déconnectés et on a l’impression d’être partis depuis des mois de chez soi. C’est une belle expérience et une belle découverte que tout le monde a bien apprécié dans la tente. Dans l’immédiat, personne ne pense revenir sur Le Legendary en tous cas mais pourquoi pas sur d’autres destinations. Et qui sait ce qui peut changer. Merci à l’organisation et aux bénévoles toujours bienveillants. C’est une grosse machine mais une organisation bien huilée.
Rien à redire sur le balisage, l’organisation, les Checkpoint, on se sent toujours en sécurité. 40 ans d’expérience, ça compte !